Jacques Charpentreau - Maurice Carême - François Coppée

(actualisé le )

Jacques Charpentreau : - L’Arbre - L’Oiseau du matin

Maurice Carême : - Images perdues - Ronde

François Coppée : La Mort des oiseaux

JACQUES CHARPENTREAU

(La ville enchantée)

L'ARBRE

Perdu au milieu de la ville,

L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les parkings, c’est pour stationner,

Les camions, pour embouteiller,

Les motos, pour pétarader,

Les vélos, pour se faufiler.

L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les télés, c’est pour regarder,

Les transistors, pour écouter,

Les murs pour la publicité,

Les magasins pour acheter.

L ’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Les ascenseurs, c’est pour grimper,

Les présidents pour présider,

Les montres pour se dépêcher,

Les mercredis pour s’amuser.

L’arbre tout seul, à quoi sert-il ?

Il suffit de le demander

A l’oiseau qui chante à la cime.

L’OISEAU DU MATIN

C’est le petit roi du matin,

L’oiseau qui chante à ma fenêtre.

Voix de vemours, oeil de satin,

C’est le petit roi du matin.

En plein coeur, son refrain m’atteint ?

Comme un amour qui vient de naître.

C’est le petit roi du matin,

L’oiseau qui chante à ma fenêtre.


MAURICE CAREME (Images perdues)

On dirait qu’on entend

pleuvoir le temps

Usant les vieilles pierres de la rivière ;

On dirait qu’on entend pleuvoir les ans

Qu’emportent doucement

Les eaux du temps.

Ronde

Dans cette ronde

Entrez la blonde ;

Entrez la brune

Avec la lune ;

Vous, la pluie douce,

Avec la rousse ;

Vous, la châtaine,

Avec la plaine ;

Vous, la plus belle,

Avec le ciel.

J’y entre moi,

Avec la joie.

(La Lanterne Magique, 1947)


FRANCOIS COPPEE

(Promenades et Intérieurs)

La mort des oiseaux

Le soir, au coin du feu, j’ai pensé bien des fois

A la mort d’un oiseau, quelque part, dans les bois.

Pendant les tristes jours de l’hiver monotone,

Les pauvres nids déserts, les nids qu’on abandonne,

Se balancent au vent sur le ciel gris de fer.

0h comme les oiseaux doiven,t mourir l’hiver !

Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes,

Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes

Dans le gazon d’avril où nous irons courir.

Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir ?