Publié dans la presse en 2010

(actualisé le )

ARTICLE PUBLIE PAR MAIRAM GUISSE LE 11 FEVRIER 2010 DANS LE PARISIEN

ARGENTEUIL

Cours de français pour les parents au collège

Cette expérimentation lancée en 2008 par l'Education nationale et le ministère de l'Immigration remporte un succès fou à Argenteuil.

Ce sont des élèves pas comme les autres. Il est 16 h 30, la sonnerie retentit, laissant filer les quelque 600 collégiens de l'établissement Paul-Vaillant-Couturier à Argenteuil. Des parents d'élèves investissent alors les lieux. Japonais, Algérien, Iranien, Sénégalais… pas moins de 22 nationalités sont représentées par le biais de toutes ces personnes qui n'ont qu'un objectif : apprendre le français.

Cette expérimentation menée depuis 2008 par les ministères de l'Education nationale et de l'Immigration fait écho aux propositions dévoilées lundi par le gouvernement à l'issue du débat sur l'identité nationale. L'une d'entre elles prévoit en effet d'ouvrir l'école aux parents « pour favoriser l'apprentissage des droits et des devoirs  ».

Le nombre de stagiaires a triplé

A Argenteuil, le succès de cette opération est tel qu'en l'espace d'un an le nombre de stagiaires a triplé et concerne 60 parents. Chacun bénéficie gratuitement de cent vingt heures de cours par an.

Dans une salle du deuxième étage ce soir-là, ils sont une vingtaine, installés en U. Les yeux rivés sur leur professeur, Mohammed Larbi, enseignant de français seconde langue depuis trente ans, ces parents sont hyper concentrés. La leçon porte sur l'argent de poche. Chacun reçoit une feuille avec différents textes. Au hasard, le professeur interroge. Un exercice de lecture auquel tout le monde, même ceux qui sont le plus en difficulté, se prête avec plaisir. « Ils sont d'une motivation sans faille, j'admire leur courage  », salue Mohammed Larbi. A l'instar de Mariam et Ahad, un couple d'Iraniens. Depuis deux mois, ils viennent deux fois par semaine assister au cours. « Le français c'est difficile  », sourit Mariam, son dictionnaire de perse-français en main. « On y va petit à petit, M. Larbi prend le temps de tout nous expliquer  », articule Ahad dans un français très approximatif.

Pour Halima, stagiaire depuis un an et demi, ces cours sont une aubaine. « Maintenant, je peux remplir un document de la Poste toute seule. J'arrive à suivre la scolarité de mes enfants sans trop de problèmes. J'apprends aussi sur la politique française  », glisse cette maman de trois enfants. Animatrice académique du Casnav (Centre académique pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage) au rectorat de Versailles, Jeanne Clisson rappelle qu'il ne s'agit pas seulement d'une opération de mise à niveau linguistique. « L'idée, c'est de leur enseigner le vocabulaire de tous les jours, de les familiariser avec le milieu scolaire de leurs enfants et de leur présenter les institutions françaises  », confie-t-elle.

Dans l'académie de Versailles, ce sont désormais 34 établissements qui proposent ce dispositif contre 9 l'année dernière. Dans le département du Val d’Oise, des cours pour les parents se tiennent aussi à Sarcelles, Cergy, Goussainville et Villiers-le-Bel.